« Ça nous apprend (…) que l'enfance n'est pas innocente.
C'est à l'intérieur du foyer que naissent les grandes violences. (…)
Les drames sont plus terribles encore dans les coeurs.
Ça commence très tôt, chez soi, ce désir malsain de meurtrir l'autre.
On commence par torturer son frère. (…) »
Commentaire de Marie-Claire Blais sur le film La Belle Bête, inspiré de son roman, 2007.
Sur l’auteur :
Marie-Claire Blais est née à Québec en 1939. Elle peut être considérée l’un des écrivains le plus célébrés de sa génération. Polyvalente, elle a écrit et publié une vingtaine de romans, des pièces de théâtre, des recueils de poésie, etc.
À l’âge de 20 ans, elle publie son premier roman La Belle Bête (1959).
Résumé de La belle bête :
L’histoire raconte une relation familiale dominée par la jalousie, la vengeance et la cruauté : Isabelle-Marie est une jeune-fille de quinze ans qui mène une vie isolée et amère. Elle ne supporte pas l’idée que son frère, Patrice, soit le préféré de leur mère, Louise. Toutefois, la raison du comportement de Louise est claire : Patrice est très beau et Isabelle-Marie et très laide.
Cependant, de l’avis d’Isabelle-Marie, Patrice n’est qu’une « belle bête » : le garçon vit entouré par l'adulation de sa mère, il ne démontre aucun intérêt intellectuel, ni des habiletés dans ce domaine. Ses activités se résument à monter des chevaux et aller se promener dans le bois de la ferme. Il va jusqu’au lac où il regarde son visage reflété sur l’eau. Louise, pour sa part, est une dame vaniteuse et complètement futile : « une poupée insignifiante, vide, soucieuse à l'excès de son corps mince. » Elle n’arrive jamais à aimer sa fille simplement à cause de la laideur de celle-là.
Ils habitent dans un village, où ils ont hérité d’une petite ferme lors de la mort de leur père et mari. Un jour, Louise part à la ville afin de régler une affaire quelconque. À ce moment-là, Isabelle-Marie se voit toute « propriétaire du destin » de « sa belle bête » (et frère). Elle le prive de manger du pain et Patrice, qui n’a jamais eu le besoin de se battre pour quoi que ce soit, tombe malade, affamé. Les sentiments d’Isabelle-Marie sont embrouillés : dans un premier moment, elle se sent vengée parce que Patrice est devenu de plus en plus laid, mais quand il commence à avoir des hallucinations et quesa maladie devient plus sérieuse, elle lui donne des soins amoureux, avec remords.
Les sentiments de vengeance et cruauté sont répandus partout lorsque Louise est revenue à la ferme accompagnée par Lanz, un dandy qui l’épousera. Patrice éprouve donc le même sentiment de jalousie que sa sœur a toujours eu envers lui. Louise est constamment accompagnée par Lanz et celui-ci, en sachant que Patrice est le « bijou précieux » de Louise, fait attention aux sentiments du garçon. Il évite à tout moment la présence de Patrice et se garde ainsi le privilège d’avoir Louise pour lui seul. Patrice devient de plus en plus tourmenté par la situation et sans savoir jouer avec sa raison, finit par attaquer et tuer Lanz avec son cheval.
Parallèlement, Isabelle-Marie rencontre Michael : un jeune homme aveugle qui « sent » qu’Isabelle-Marie est « la plus belle d’entre toutes ». Sans avoir jamais été si soignée et aimée, la jeune fille embarque dans l’imagination de l’aveugle : ils se marient et Isabelle-Marie enfante d'une fille, Anne, aussi laide qu’elle. Michael, qui a promis à Isabelle-Marie « qu’il la verra si belle bientôt », se lève un jour en voyant tout. Quand il regarde sa femme laide comme il ne l’avait jamais imaginée, Isabelle-Marie est expulsée de leur maison avec l’enfant.
Elle retourne dans sa famille et les sentiments d’injustice et de rage envers Patrice et sa mère s’aggravent. Elle convainc Patrice à mettre son visage immaculé dans l’eau bouillante et il devient éternellement défiguré. Louise ne peut plus supporter que son « grand » soit transformé en la figure de cette bête. Elle place Patrice dans un asile d'aliénés. Elle découvre également un cancer dans sa joue et son visage, si précieux pour elle, porte désormais un bandage et du pus coule de sa joue.
Isabelle-Marie, qui a été dénoncée pour son crime contre Patrice par sa fille, est expulsée aussi de la ferme. De toute façon, Louise ne veut pas garder l’enfant, si laide, si répugnante et Anne devient une nouvelle lecture de ce qu'a été sa propre mère face aux valeurs de sa grand-mère.
Finalement, Isabelle-Marie est revient pour « finir avec tout et tous » et elle brûle les champs de blé de la ferme. Louise, en regardant une telle catastrophe, décide de se jeter aux flammes. Patrice, qui s'était échappé de l’asile, arrive à temps pour voir tout brûlant. Sans rien comprendre, il court aux bois comme toujours. Quand il arrive au lac, il essaie de trouver son visage parfait reflété dans l’eau, mais il ne le trouve pas, il voit seulement une figure déformée. Il s’approche encore plus de l’eau et finit par tomber dans le lac, où on dirait qu’il s’est noyé, comme dans le mythe de Narcisse.
Analyse critique :
Il s’agit d’un roman adolescent, vu que plusieurs éléments de cette phase de la vie se retrouvent dans l’œuvre : l’insécurité, la préoccupation excessive avec les apparences, les sentiments des autres envers soi, la jalousie, les jeux sentimentaux. On retrouve aussi des éléments d’un conte de fées (pour des adultes) : l’espace-temps est flou, le caractère de chaque personnage est figé dans son rôle, le manichéisme est employé pour bien contraster le bien du mal, il y a presque une morale à la fin, etc. Finalement, le roman traite d'un triangle amoureux malsain qui existe entre la mère, le fils et la fille.
L’histoire réussit à entraîner des sensations inquiétantes aux lecteurs parce que l’auteure a bien dessiné la trame et ses personnages : Patrice, tellement bête qu’il devient beau (et vice-versa) ; Isabelle-Marie, tellement amère qu’elle devient laide (et vice-versa) ; Louise, tellement présomptueuse qu’elle devient futile (et vice-versa). Chacun contribue à l’histoire de façon équilibrée, avec la force de son personnage.
Du point de vue de la forme, on dirait qu’il s’agit d’une écriture sèche, en fonction d’une histoire sombre et cruelle. Personnellement, j’identifie un peu du jeune auteur dans l’histoire. Il est possible que Marie-Claire Blais, à l’âge de vingt ans, ait eu elle-même des difficultés à assimiler les enjeux couramment présents dans les relations humaines, surtout pendant la jeunesse.
dimanche 11 avril 2010
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